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Histoire
de la francophonie Le
doux rêve du prospecteur devient réalité
: portrait du fondateur de Dawson City
LADUE
(LEDOUX), Joseph - Il est né en 1855
à Schuyler Falls, près de Plattsburg dans l'État
de New York où il a passé une partie de sa vie.
Toutefois, sa famille est de souche canadienne-française
et les mémoires de François-Xavier Mercier confirment
que Joseph Ladue était bel et bien francophone (F.
GUAY. «Joseph Ladue, fondateur de la ville de Dawson»,
L'Aurore boréale (Whitehorse), 18 mars 1988, p. 10.;
F. X. MERCIER. Recollection of the Youkon, p. 32. ).
En
1874, Ladue part vers l'Ouest à la recherche de la
fortune. Huit ans plus tard, il travaille en Alaska, à
la mine Treadwell. En 1882, il tente sa chance au Yukon. Il
a été parmi les premiers à traverser
le col Chilkoot pour ensuite se rendre à Fort Reliance,
où Jack McQuesten et Arthur Harper tenaient un comptoir
commercial (P. BERTON. Klondike, p. 33.). Ladue deviendra
leur associé (C. GIRARD et R. LAROCHE. Un jardin sur
le toit, p. 49. ). Pendant l'hiver de 1882-1883, il expérimente,
avec ses partenaires, une nouvelle technique minière
qui deviendra très populaire chez les mineurs de la
région. Il s'agit de faire des feux pour dégeler
le sol. Le gravier aurifère peut ainsi être empilé,
prêt pour le nettoyage au printemps (K. S. COATES et
W. R. MORRISON. Land of the Midnight Sun, p. 50. ).
Pendant
l'été de 1894, Jos Ladue et son associé
Arthur Harper établissent un comptoir commercial sur
une grande île du fleuve Yukon près de l'embouchure
de la rivière Sixtymile. Ils nomment l'endroit Ogilvie,
en l'honneur de l'arpenteur William Ogilvie (MAYO HISTORICAL
SOCIETY. Gold and Galena, p. 384. ). Jusqu'en 1895, Ladue
occupe divers emplois : prospecteur, fermier et commerçant.
Pendant l'hiver de cette année, il fait un voyage à
New York. À son retour, il entend parler des découvertes
d'or de George Carmack, Skookum Jim et Tagish (Dawson) Charlie.
Convaincu depuis longtemps de la valeur du district du Klondike
pour la prospection, il voit vite les possibilités
de développement. Il s'empresse d'acheter 160 acres
de terrain à 10 $ l'acre, au confluent de la rivière
Klondike et du fleuve Yukon - site actuel de la ville de Dawson
(K. S. COATES et W. R. MORRISON, Land of the Midnight Sun,
p. 85; C. GIRARD et R. LAROCHE. Un jardin sur le toit, p.
49. ).
L'arpenteur
William Ogilvie écrit dans un rapport à ses
supérieurs : «Toutes les rues [de Dawson] parallèles
aux rivières ont 66 pieds et sont perpendiculaires
à celles de 50 pieds que Ladue avait déjà
aménagées.» (N. BOLOTIN, Klondike Lost,
p. 16. ).
Dès
le 1er septembre 1896, Ladue déménage sa scierie,
jusqu'alors installée à Sixtymile. Cette scierie
va être en marche jour et nuit et ce, pendant deux ans.
Il construit aussi un magasin, première bâtisse
de Dawson, ainsi que le premier saloon de la ville, le Pioneer
(A. A. WRIGHT. Prelude to Bonanza, p. 285. ). Grâce
aux revenus provenant de ses entreprises et de la vente de
ses terrains (ceux de la rue au bord de l'eau coûtent
jusqu'à 5 000 $ chacun), il devient millionnaire en
moins de deux ans (R. COUTTS. Yukon Places and Names, p. 152;
C. GIRARD et R. LAROCHE. Un jardin sur le toit, p. 98. ).
En 1897, Ladue et Arthur Harper nomment officiellement la
ville en l'honneur de George Mercer Dawson, responsable de
la mission géologique de 1887 au Yukon (A. A. WRIGHT.
Prelude to Bonanza., p. 285. ).
Le
14 juillet 1897, Ladue est à bord du bateau à
vapeur Excelsior, qui arrive à San Francisco, attendu
par une horde de journalistes et une foule de curieux. De
tous les nouveaux riches, Ladue est celui qui a été
accueilli avec le plus de frénésie puisque les
journaux l'appelait le maire de Dawson. Il doit se cacher
pour échapper aux admirateurs et chercheurs de fortune
qui le poursuivent et l'assaillent de questions. Lincoln Steffens,
journaliste écrit alors à son sujet: «Je
n'ai jamais vu un homme ayant l'air aussi épuisé»
(He's the weariest looking man I ever saw.) (P. BERTON. Klondike,
p. 100-101. ).
En
décembre 1897, il accomplit enfin son rêve: il
obtient finalement la main d'Anna Mason, fille de parents
fortunés qu'il convoitait depuis toujours. En 1899,
quand Willis Lamay, un ami de Ladue, devient veuf, le couple
Ladue adopte son fils Francis (AFY, S. SAITO, Notes de recherche,
[«Chronologie de Joseph Ladue»], [Dawson, Yukon,
1996], Manuscrit dactylographié (6 p. ). ). L'entreprise
Ladue Gold Mining & Development Co., fondée à
New York par Ladue, est prospère (AFY, S. SAITO, Notes
de recherche, [«Chronologie de Joseph Ladue»]).
Ladue vaut à l'époque 5 millions de dollars;
on l'appelle le «Barney Barnato du Klondike» (P.
BERTON, Klondike, p. 101. ). Il achète une ferme, une
maison, un boghei de luxe, un piano à queue pour sa
femme et, à Noël, Ladue permet aux pauvres de
festoyer.
Cependant,
les conditions de vie difficiles du Nord ont affecté
sa santé. En 1900, son médecin lui recommande
de se rendre à Colorado Springs dans l'espoir de ralentir
la progression de la tuberculose dont il est atteint. Il est
déjà trop tard, Ladue meurt le 27 juin 1901
à l'âge de 47 ans à Schuyler Falls, New
York. Il lègue tous ses biens à son fils adoptif
et à sa femme. Mme Anna Ladue Tyler est décédée
en 1948 (A. INNES TAYLOR, «Joseph Ladue», The
Early History of Forty Mile and the Yukon, Whitehorse, [s.
n. ], p. 3. (Archives du Yukon, PAM ND-150). Les descendants
des Ladue vivent encore aujourd'hui dans l'État de
New York (Musée de Dawson, People Card Index, J. F.
Ladue. ). Une rivière de la région de Keno,
au Yukon, a été nommée en l'honneur de
ce pionnier du Nord. Elle est connue sous le nom de Keno Ladue
pour éviter la confusion avec la rivière et
le ruisseau Ladue, dans la région de Sixtymile (R.
COUTTS, Yukon Places and Names, p. 145. ) |